Voilà un an que j’ai découvert les cartes heuristiques. Je tenais à faire un bilan de leur usage en histoire-géographie. La question posée en filigrane étant : est-ce un outil pédagogique approprié à la matière ?
*La difficulté, lorsque vous entendez parler de nouvelles méthodes éducatives, est de trouver les renseignements adéquats. Si beaucoup de sites sont consacrés aux cartes heuristiques (ou cartes mentales), aucun ne concernait l’histoire-géo. il y a un an. D’où l’idée d’ouvrir un blog pour mettre en ligne mes propres productions, espérant susciter de la part d’autres collègues la curiosité, l’intérêt et d’autres productions à partager. Les graines semées, d’après les remarques et courriers reçus, promettent de fructueuses récoltes. Merci à toutes celles et tous ceux qui ont pris le temps de les faire.
Le plus inattendu (mais ce fut aussi un apport enrichissant) est d’avoir capté sur ce blog, « à vocation professionnel » au départ, l’attention d’élèves et de parents qui y ont trouvé une source d’inspiration.
*Pour avoir l’adhésion des élèves à une nouvelle pratique pédagogique, il faut la leur expliquer. Vous serez surpris de voir que s’ils en comprennent le bien-fondé, ils s’appliquent davantage, facilitent sa mise en place, s’emparent très vite de son fonctionnement et finissent dans certains cas par la réclamer. Point n’est besoin de longs discours : un reportage télévisé de 3 minutes sur l’utilisation et les résultats de cette méthode en Finlande ; des exemples de cartes heuristiques glanées sur le web ; les principes de bases pour en réaliser… et le tour est joué ! Ne négligez pas cette étape. Les classes où je ne l’ai pas fait ont moins adhéré au projet.
*Alors comment peut-on utiliser les cartes heuristiques ? Dans quels cas peut-on s’en servir ?
Servant d’abord à structurer la pensée en classant et en hiérarchisant les idées, puis à mémoriser facilement les informations traitées, leur usage n’a pas de limites. J’ai d’ailleurs essayé de diversifier leur utilisation au maximum (et je suis convaincu de ne pas avoir épuisé toutes les possibilités) :
-la carte heuristique peut-être un résumé de cours : elle permet de réviser un chapitre. C’est le parti pris au départ pour mes classes de 6e : voir articles sur les héritages du néolithique, de l’Egypte antique, des Hébreux, de la Grèce ancienne et de la Rome antique ; en géographie, j’inclus dans cette liste le travail sur les climats et la végétation. C’est cette même idée qui a été appliquée par les élèves de 3e pour réviser leur brevet (voir les articles « cartes heuristiques en 3e » et « Mindjet Mindmanager Pro 7 »).
-elle peut être un exercice, une recherche individuelle ou collective : pour construire par soi-même un récit historique (voir l’article sur la « Révolution et l’Empire»), pour étudier des documents géographiques (voir les articles : « bientôt l’étude régionale en 4e ? » et « la France découpées en grands ensembles 4e »), pour appliquer un point méthodologique (voir article sur le paragraphe argumenté en 3e : dans ce cas on peut en rester au stade du brouillon), pour faire une présentation orale : mes élèves de 4e ont réalisé chacun une carte heuristique sur un monument de Berlin qu’ils ont présenté sur place [ma collègue d’allemand était stupéfaite de voir des élèves ne récitant pas un texte –et pour cause !-, à l’aise à l’oral, obligés de construire en direct des phrases à partir de mots-clés ; bref, on aurait cru avoir en face de soi des guides touristiques]…
-elle peut être la base de construction (le canevas) d’un résumé de cours, d’une rédaction : voir article sur l’Amérique ou sur l’âge industriel (« se plonger dans la peau d’un ouvrier au XIXe s. »). Les élèves écrivent des paragraphes ordonnés grâce à la structure de la carte mentale. Celle-ci ne remplace donc pas le résumé mais l’y amène. Et pour ceux qui ont du mal à apprendre un résumé linéaire, ils ont à leur disposition dans le cahier un moyen de substitution –puisque la carte heuristique reprend tout sous une forme différente.
-elle peut servir d’introduction à un cours en limitant le nombre de branches (que les élèves pourront compléter à la fin de la leçon s’ils veulent s’en servir de résumé ou pour bien montrer qu’ils ont compris les grandes articulations du chapitre).
-elle peut servir à la prise de notes : en salle informatique, on peut imaginer un cours un peu plus magistral où les élèves devraient mettre en branches et sous-branches les idées expliquées par le professeur. Un logiciel gratuit (freeware/gratuiciel) existe : il s’appelle freemind et est d’une extrême simplicité d’utilisation !
*Pour conclure :
Est-ce que ça marche ? oui, et encore plus avec les classes jugées faibles, ou les élèves qui ont toujours besoin d’être occupés car il y a une partie de la carte à ne pas négliger pour faciliter la mémorisation c’est le dessin (des symboles simples suffisent !) et les couleurs (même le fluo !) : je veillerai en cours à insister davantage sur ce travail (surtout pour les 4e/3e). Et d’après le témoignage de plusieurs parents d’élèves, la carte heuristique serait aussi une aide [je ne l’aurai jamais soupçonné] aux enfants dyslexiques pour mieux retenir les leçons, sans doute justement à cause des dessins associés aux mots.
Est-ce systématique ? non, pas à tous les cours.
Est-ce que cela doit remplacer les résumés de cours ? non, même si je n’y verrai pas d’inconvénient. Mais il faut tenir compte du fait que nos élèves (et nous-mêmes – il suffit de voir comment j’ai rédigé ce bilan) sont formatés depuis le primaire par la trace linéaire des cours et que cela peut gêner l’apprentissage de certains d’entre eux. Tout est une question de pratique. Tout le monde n’a pas les mêmes méthodes : à commencer par ses propres collègues.
Vais-je continuer d’utiliser cet outil ? oui, par ce qu’il permet de jouer sur les savoirs et les savoir-faire.
Est-il recommandable ? bien sûr, mais si vous ne vous sentez pas à l’aise avec, abandonnez-le ! Il serait déplorable d’imposer à un enseignant une méthode de travail qui ne lui conviendrait pas.
*Si vous souhaitez étoffer les productions de ce blog, adressez-moi les vôtres ou donnez-moi les coordonnées de votre site. L’expérience de chacun doit être profitable à tous. Beaucoup d’entre nous se sont sans aucun doute inspirés de ce qu’ils ont trouvé un jour sur Internet pour faire leur cours, à vous maintenant d’inspirer les autres. Apporter sa pierre à l’édifice, aussi petite soit-elle, est capitale.
Il me reste à remercier ceux qui m’ont permis de trouver de nombreux interlocuteurs cette année en me recensant sur le site qu’ils ont en charge, comme la rubrique TICE en histoire-géo de l’académie de Besançon, le site de didactique en histoire de Lyonel Kaufmann, le blog « lettres et cartes heuristiques » (lewebpedagogique.com/litterrae).
